Posté par Juju à mai 1, 2012 dans
Blogging vintage
Hôtel Mercure Tour Eiffel. On ne se refuse rien quand on est une société qui délocalise en Chine, utilise ses effectifs comme une « variable d’ajustement » et augmente constamment ses prix. On peut s’offrir la chambre à 180€ la nuit pour ceux qui restent.
Jeudi matin, 8h00, j’entre dans l’ascenseur. Je le vois, brun, 1m80, mince. Costume noir, chemise bleue et cravate mauve rayée. Cheveux courts, je lui donne 27 ans à tout casser. Ça sent le jeune manager winner dynamique propre sur lui qui en veut et qui bouffe des statistiques à longueur de journée… et en redemande.
Il me fixe d’un regard étrangement vide et triste. C’est le genre de situation où la chanson « Le blues du businessman » me revient en tête. Toujours d’actualité. Symptomatique, les écouteurs de son lecteur de MP3 remplissent ses oreilles d’une musique qui apparemment lui donne l’air absent d’un ruminant sapé en Hugo Boss.
Je me décide à lui sourire. Il a eu la même idée visiblement, tant notre échange a été simultané. Son regard se perd à nouveau dans le vide de l’ascenseur alors qu’il reste quatre étages à descendre. On dirait presque qu’il pose. C’est autant touchant que ridicule. J’aimerais lui parler, mais je n’ose pas vraiment. Il semble à la fois accessible et distant, doux et terriblement méfiant. J’esquisse un dernier sourire qu’il me retourne aussitôt. Je quitte l’ascenseur.
Ce que les miroirs peuvent être cruels parfois…
Posté par Juju à avr 5, 2012 dans
Elle est pas belle la laïfe?
Les gens qui me suivent sur Twitter me demandent parfois d’où vient mon pseudo (et le nom de ce blog), l’attribuant souvent à un petit délire narcissique. Ok, y’a un peu de ça dans l’histoire, mais la genèse de ce pseudo est un poil plus romanesque, alors je me suis dit que je pourrais la partager avec vous.
On est en 2004, je commence à bloguer sur une plateforme gratuite totalement rudimentaire du nom d’u-blog, disparue depuis belle lurette (c’est quoi au fait une lurette ?). Pas de réseaux sociaux, pas de facebook, pas de twitter, juste des sites au milieu desquels les blogs font figure de petits ovnis délicieusement originaux. La blogosphère française se dessine doucement, avec en son sein la pédéblogosphère frenchie dont certains, tels l’emblématique Matoo -étoile filante et inoubliable dans mon cœur et dans mon lit- survivront jusqu’à aujourd’hui. Je découvre un monde nouveau, pêchu, bouillonnant, qui me sort de ma torpeur, moi qui suis exilé au fin fond de la Bavière dans une existence qui n’est pas la mienne. 5 pelés me suivent, puis 15, puis 30 puis, à la faveur d’une écrivaine blogueuse star, 500. Parmi mes premiers lecteurs assidus se trouve un gars de Paris, le Russe.
Le Russe est un vrai russe. Originaire de Moscou, il a suivi un amour en France et a décroché un beau poste dans une maison d’édition parisienne. Son amour l’a quitté, mais lui est resté. De commentaires en mails, nous finissons par débuter une amitié virtuelle. Le Russe est un mec fascinant. Il écrit remarquablement et a un vrai talent de photographe. Il expose ses photos sur un site que je fréquente religieusement. Son univers est noir et subtil. Je ne sais pas à quoi il ressemble, mais il m’intrigue et me fascine. Un brin provoc, le Russe n’hésite pas à me balancer ce genre de clichés, en précisant qu’il en est le modèle.

Nous finissons par franchir le cap de l’échange virtuel et passons des heures au téléphone. Nous décidons finalement de nous rencontrer. Je débarque à Paris en avril 2005, pour un long week-end au cours duquel j’ai programmé une soirée avec des blogueurs. Le Russe est dans le lot. Parmi une nuée de nouveaux visages, je le découvre. En plus il est magnifique ce con. Nous passons la soirée tous ensemble, à échanger maintes anecdotes. Graduellement, les uns et les autres partent. Nous ne sommes plus qu’un petit groupe, vaguement alcoolisé. Le Russe est toujours là. On cause. Il frotte son genou contre le mien, s’approche de moi, m’attrape par la nuque et m’embrasse longuement. Ce sera le seul contact « physique » de notre relation. Je quitte Paris le surlendemain. Nous restons en contact. Dans les semaines qui suivent, il m’envoie ce cliché.

Je souris, je sais que c’est sa manière de me dire qu’il tient à moi. Je balance la photo sur mon blog. Une personne y réagit et m’envoie sa propre version, puis une autre. Je prends la balle au bond et lance un défi à mes lecteurs. A eux de mettre en scène l’expression à leur manière. Je reçois plus de 50 « I Love Juju » différents. Les lecteurs votent pour leur photo préférée. La gagnante est une ravissante paire de seins sur laquelle « I Love Juju » a été marqué au rouge à lèvres. C’est là que nait le pseudo, puis l’URL, puis le blog.
Le Russe et moi restons en contact. Nous nous revoyons l’une ou l’autre fois à Paris. Mais je sais que le destin et le hasard font que nous ne vivrons aucune histoire ensemble. Quelques semaines plus tard, il rencontre un mec. En même temps, je suis au fond de ma déprime, viré de mon job et largué par un mec très beau et très cruel. Quelques mois plus tard, le Russe me rappelle. Je suis sur le point de quitter l’Allemagne pour rentrer en France. Il a le cœur brisé. Son amour la quitté. Le Russe disparait.
Deux ans plus tard, le Russe m’écrit. Il est retourné à Moscou. Son échec amoureux l’a tellement transformé qu’il est devenu prêtre orthodoxe. Il ne regrette rien, sa nouvelle vie lui permet de vivre pleinement la fibre sociale et philanthrope qu’il cultivait déjà à Paris au sein d’une association d’aide aux SDF. Je sais que je ne le reverrai peut-être jamais. Mon cœur se serre. On dit souvent qu’on ne peut manquer de quelque chose qu’on ne connait pas, pourtant, au moment où je lis ses lignes, l’histoire d’amour que nous n’avons jamais vécue me broie les tripes. On est en 2012, je pense parfois à lui, je me demande comment il va, ce qu’il fait. Le Russe, si tu lis ces lignes…
Posté par Juju à fév 15, 2012 dans
Musique
Les réseaux sociaux se sont jetés sur elle, il y a quelques mois de cela, alors que Video games envahissait le web de sa mélodie suave et mélancolique. Ils l’ont adorée, l’ont vénérée, ont glosé longuement sur ses lèvres surdimensionnées, jusqu’à ce fameux samedi soir où, la belle Lana del Rey s’est produite dans le vénérable SNL, où elle aurait, selon les dires de certains détracteurs, fait la pire performance live depuis le début de l’émission. Depuis, ces mêmes réseaux sociaux s’acharnent sur elle avec la même passion et la même fureur qui les avaient fait la porter aux nues auparavant. Mais au final, qu’en est-il de ce premier album studio de cette énigmatique jeune femme aux lèvres gonflées comme un pneu (vous noterez que je me défends pas mal hein) ?

La première écoute de l’album est assez déroutante. On retrouve les désormais célèbres « born to die » et « video games » parmi les 4 premiers titres. A l’exception de l’un ou l’autre morceau, tel « off to the races » fortement marqué r&b, « carmen » aux rythmes très langoureux et à la mélodie qui reste en tête ou l’excellent « blue jeans », le reste donne une sensation de continuité assez perturbante. On a véritablement l’impression d’écouter le même morceau plusieurs fois, ou plutôt un seul et unique morceau qui durerait une bonne demi-heure, entrecoupé d’insuffisantes variations.
En effet, il est difficile d’imaginer un album plus homogène, ressemblance des sonorités, accords identiques, atmosphère sonore constante. Pourtant, au fil des écoutes, chaque morceau révèle une substance plutôt intéressante et des qualités qu’on ne détecte pas d’emblée. La voix de la chanteuse, cette même voix qui en aura dérouté plus d’un en live, évolue sur trois registres -grave, moyen et aigu- avec des couleurs vraiment différentes ; le timbre change réellement ce qui donne un relief vraiment intéressant à certains morceaux où on alterne entre un son profond et presque caverneux et un aigu clair, presque pincé de petite fille. La diction de la chanteuse (pas forcément appréciable par les non anglophones) est tout simplement remarquable et véritablement unique. Le phrasé est texturé, stylé, structuré, chaque phrase a une architecture particulière qui échappe aux règles rythmiques habituelles. La musique est un dans style indie-rock, mâtiné çà et là de r&b ou d’un poil de pop, pas de quoi se déchainer sur un dance floor donc, mais propre à créer une ambiance mélancolique et vénéneuse, à l’image des textes de l’album. La version deluxe de Born to die propose 3 titres supplémentaires, donc l’excellent « lucky ones ».
Même si certains de ses détracteurs les plus féroces grinceront des dents, j’apprécie cet album. L’écriture est soignée, au même titre que les arrangements. Lana del Rey n’est peut être pas une bête de scène et sa carrière de chanteuse sera peut-être brève, mais cet album dévoile des qualités d’auteur compositeur indéniables et une belle musicalité.
Posté par Juju à fév 2, 2012 dans
Faut bien s'occuper

Cette exposition au Musée d’Art Moderne et Contemporain de la ville de Strasbourg se penche sur l’impact de l’occulte sur la production d’artistes, de penseurs, d’écrivains et de savants sur près de trois siècles. Ambitieux projet que de passer en revue 3 siècles d’occultisme à travers l’Europe.
L’exposition s’articule autour de trois volets; un premier évoque les travaux scientifiques conduits au cours des siècles passés sur le thème de l’occultisme et des phénomènes paranormaux et présente un certain nombre d’objets et d’instruments scientifiques.
Le second volet parcourt la tradition ésotérique et présente un nombre considérable d’ouvrages (livres principalement) traitant de divers sujets occultes.
Le dernier volet parcourt, quant à lui, la production artistique de plusieurs siècles liée aux mondes obscurs.
On ne peut que faire l’éloge d’un travail considérable pour rassembler un nombre aussi important d’objets et d’œuvres sur le thème de l’occulte. La collection d’ouvrages présentés est impressionnante, même si on peut déplorer, comme c’est souvent le cas, de ne pouvoir les consulter et de devoir se contenter des deux pages sur lesquelles ils sont ouverts.
Le volet scientifique est assez intéressant, car il souligne avec intelligence les liens qui ont pu, à certains moments de notre histoire récente, exister entre science et occulte, ou plus précisément entre l’approche scientifique et l’observation de phénomènes « paranormaux ».
L’exposition artistique est assez spectaculaire et traduit elle aussi la passion de l’occulte à travers plusieurs siècles. On peut toutefois lui reprocher un manque de cohérence d’ensemble. Si l’intitulé de l’exposition parle d’ »esprits », on se trouve en présence d’un choix arbitraire d’œuvres ne répondant que de façon parcellaire à un thème aussi large. Si on y retrouve des œuvres dont le seul lien avec l’occulte est la mythologie ou le psychisme, on n’y voit quasiment aucune trace de toiles de nature religieuse ou spirituelle dans le sens cultuel du terme. Pourtant, en particulier dans un contexte historique, il parait difficile, voire même aberrant de dissocier ces deux thèmes, tant la présence du divin et de l’occulte semblent inséparable dans les cultures européennes d’il y a deux ou trois siècles. Un bémol donc pour une exposition qui est par ailleurs d’excellente qualité. Un autre point négatif est l’absence totale d’objets liés aux pratiques occultes, objets dont on aurait pu légitimement attendre la présence compte tenu du thème de l’exposition. Néanmoins, malgré ces aspects, l’exposition est remarquable.
Pour ceux et celles d’entre vous qui n’y aurait pas mis les pieds, elle dure encore jusqu’au 12 février. Dépêchez-vous !
Posté par Juju à jan 9, 2012 dans
Musique

Cet ultime disque d’Amy Winehouse vient souligner la fin d’une vie trop brève et d’une carrière aux allures d’étoile filante. Il s’écoute comme on feuillète un album de photos. La magie de la voix unique de cette chanteuse atypique y résonne avec encore plus de brillant et de classe que dans ses albums précédents. Le choix des morceaux est éclectique, passant de standards de jazz à du R&b et bien évidemment de la soul. Les arrangements sont excellents et mettent mieux que jamais en valeur la voix incroyable d’Amy Winehouse. L’album est un sans-faute et ne peut que faire naître des regrets par rapport à tout ce que cette phénoménale artiste aurait encore pu offrir.
A ce titre, la lecture du livret qui accompagne le disque est presque aussi éclairante que l’écoute des 12 morceaux qui le composent. On y découvre des témoignages poignants de son père et de son producteur qui parlent de son approche musicale, de son talent, de son génie, de la capacité qu’elle avait à sublimer les morceaux qu’elle s’appropriait. Les photos d’Amy Winehouse qui accompagnent ces témoignages sont particulièrement belles et montrent l’artiste sous un beau jour, loin de celui de la toxicomane en perdition, mais arborant néanmoins toujours un air vaguement triste ou mélancolique.
L’album ne déroge en rien à l’hommage que ces témoignages lui rendent car chaque morceau est un petit bijou, ciselé à la perfection, qu’il s’agisse de reprises ou de compositions. Amy brille de mille feux, et je crois que c’est là le souvenir que je souhaite garder de cette chanteuse exceptionnelle mais trop fragile. La voir tituber sur scène lors de ses dernières apparitions étaient profondément triste, pathétique même. Cet album la remet à sa juste place, celle d’une chanteuse exceptionnellement talentueuse, partie trop vite, trop tôt.