Après l’Or du Rhin l’an dernier, l’Opéra de Strasbourg enchaîne avec le deuxième épisode de la tétralogie de Wagner, toujours sous les bons auspices de David McVicar, metteur en scène de génie, qui signe un deuxième sans faute, dans la lignée de la mise en scène du premier opus du Ring ; mise en scène impeccable, ni d’époque, ni moderne, évitant ainsi les écueils du carton-pâte ou des costards-cravates, intelligence scénique, reprise des thèmes des masques développée dans l’Or du Rhin, invitation dans la mythologie wagnérienne par l’image, somptueuse. Chaque acte a son tableau qui colle merveilleusement à l’action. Et la mise en scène regorge de bonnes idées, comme par exemple l’utilisation de très beaux hommes torses nus, montés sur des échasses métalliques rappelant les sabots des chevaux, coiffés d’une structure en métal en forme de tête de cheval, pour symboliser les destriers des walkyries.
Sous la baguette de Marko Letonja, l’orchestre est très en forme et réalise une prestation impeccable de bout en bout.
Et que dire du plateau des chanteurs ? Je suis à chaque fois ravi par les qualités vocales des interprètes choisis par l’opéra de Strasbourg. Le Siegmund de Simon O’Neill domine le premier acte par sa voix de ténor wagnérien surpuissante et néanmoins très agréable. Face à lui, la Sieglinde de Orla Boylan est parfaite, révélant un timbre corsé superbe, alors que le Hunding de Clive Bayley s’impose par des graves sonores et une autorité naturelle requise pour ce rôle.
Brünnhilde, la Walkyrie, chantée par Jeanne-Michèle Charbonnet entame la soirée avec un aigu un peu instable, mais ces réticences sont balayées par la performance de la chanteuse à mesure que l’action progresse. Non seulement la voix trouve la mesure du rôle, mais elle est surtout une walkyrie tout en nuance, subtile, forte et fragile, autant actrice que chanteuse. Les autres walkyries sont interprétées par un plateau de formidable qualité, la chevauchée est d’ailleurs un moment formidable, tant musicalement que scéniquement.
Mais la palme revient au Wotan de Jason Howard et à la Fricka d’Hanne Fischer. Si le rôle de la déesse n’est pas un des plus longs de l’oeuvre, il en est néanmois merveilleusement incarné par la chanteuse qui réalise une prestation superbe. Howard quant à lui, est tout simplement parfait et assure un des rôles les plus longs de l’art lyrique, sans fatiguer, affichant de merveilleuses couleurs vocales et une prestation scénique irréprochable, couronnée par un nu intégral (de dos hélas…) fascinant tant le chanteur a le corps de l’emploi, à savoir celui d’un dieu.
Une formidable soirée d’opéra.
La critique de Forum Opera
26 avril 2008 par Juju | 25 commentaires