Posté par Juju à août 24, 2006 dans
Souvenirs
Flashback, réminiscence et pic de mémoire, j’ai retrouvé un souvenir, celui du Télécran. Si vous avez moins de dix-huit ans et que vous êtes tombés sur ce blog lors d’une recherche de porno sur google, vous risquez de ne pas comprendre de quoi je vous parle. Les autres, il y a de fortes chances pour que vous voyiez de quoi je parle, oui, oui, de ce magnifique écran à cristaux liquides sur lequel on pouvait dessiner des formes à l’aide de deux boutons ronds permettant de déplacer le trait horizontalement et verticalement.
J’étais le plus heureux des gamins le jour où ma grand-mère (qui a fêté ses quatre-vingt quatre ans il y a peu de temps) m’en avait offert un. Je rêvais de dessins féériques et de tableaux de maître sur mon petit écran magique. Sincèrement, j’étais nul, mais j’y croyais dur comme fer.
A l’heure actuelle, il doit trainer dans le grenier chez mes parents, et je ne vais pas résister au bonheur de retourner tout le fatras jusqu’à ce que je remette la main dessus et constate douloureusement que je suis toujours aussi mauvais qu’à mes huit ans. Je le secouerai vigoureusement pour faire disparaître mon gribouillis et je contemplerai l’étendue de mon incapacité artistique pendant que d’autres, certainement trentenaires au minimum, exposent sur le web les trésors de leur enfance talentueuse.
Création de Stéphane Lallemand

Posté par Juju à juin 27, 2006 dans
Souvenirs,
Tritouillage de cervelle
Juillet 2001
Je travaille dans un centre de langues situé en Allemagne avec Wrenly Rose pour la deuxième année consécutive. Elle est sur le départ. Les relations avec la patronne se sont dégradées et Wrenly Rose, qui était chef d’équipe, a été rétrogradée au profit d’une femme du nom de Charmaine.
Je ne m’entends pas vraiment avec Charmaine, je la trouve bête. Elle n’est qu’un pion placé là par la patronne qui ne cherche qu’une boniche disant « oui » et « amen » à tout. Charmaine est un peu maladroite, un peu malhabile. Je ne cherche pas vraiment à la connaître plus que ça. Wrenly et moi l’avons surnommé « la Pintade ». C’est méchant, mais ça lui va plutôt bien.
Avril 2006
Charmaine S. est en retard. Elle file avec la voiture d’entreprise du centre de langues. Un moment d’inattention, et elle se retrouve coincée entre deux camions. Elle pile. Le camion de derrière la percute et l’écrase contre le camion de devant. La voiture prend feu. Charmaine S. meurt.
Je ne sais pas comment accueillir la nouvelle. Je suis partagé, et en partie honteux, je dois bien l’admettre. J’ai cette idée totalement ridicule, un peu comme la théorie du battement d’aile du papillon, que si j’avais fait l’effort de la connaître, et qui sait, de l’apprécier, elle serait encore en vie à l’heure actuelle. Un détail, un coup de fil, une soirée, un mail, un petit rien aurait fait qu’elle serait partie deux minutes avant ou après, ou pas du tout.
Je vis mal avec un sentiment qui est la marque d’un passé où je jugeais sans connaître, où je rejetais, probablement parce que j’étais moi-même l’objet de rejets que je ne savais pas gérer. Charmaine S. me renvoyait certainement l’image paumée de ce que j’étais alors, et je lui en voulais pour cela.
C’est très con de vouloir resusciter des morts. C’est dommage de les avoir ignorés de leur vivant. Elle ne me manquera jamais. Et ça me rend plutôt triste…
Posté par Juju à juin 21, 2006 dans
Souvenirs
Soirée chez Savannah qui inaugure son bel appartement avec terrasse siouplait en petit comité, quelques amis, dont la pétillante Stella et moi-même. Ca se raconte les dernières histoires de fesses, qui a fait une saloperie à qui, qui est un gros con et pourquoi les signes du zodiaque, c’est un truc vachement sérieux. Je lève les yeux. Une drôle de bestiole vole au-dessus de notre table. Trop gros pour être un bourdon, pas assez tropical pour être un colibri. C’est un hanneton. Cela fait une éternité que je n’en ai plus vu. Ca me rappelle des souvenirs.
Eté 1989. J’ai dix ans. Tous les soirs, je rejoins ma voisine Sandrine, dix ans elle aussi et son petit frère Nicolas, six ans. Nous sommes armés jusqu’aux dents. Des épuisettes et des gros bocaux à conserves que Maman a bien voulu nous céder après d’âpres négociations. Nous les attendons de pied ferme. A la tombée de la nuit, ils seront là, comme chaque soir.
Une fois encore, ils répondent présent à l’appel, à la pelle devrais-je dire, tant ils sont nombreux. Des nuées de hannetons volent dans notre quartier. Nous courons dans le jardin et les capturons par dizaines. C’est à celui ou celle qui en aura le plus dans son bocal. Interdit de les tuer. On est des méchants nous, mais des méchants gentils. Nous sommes à bout de souffle. Sandrine trouve toujours le moyen d’en attraper un esquinté, un qui vole de traviole ou à qui il manque une patte. Elle s’apitoie. Elle fera sûrement du social quand elle sera grande. A la fin, nous ouvrons les bocaux, nous laissons la nuée de hannetons retrouver leur liberté, on aide celui qui a du mal à marcher à sortir du bocal et à prendre son envol. On est en nage. On est heureux.
Je pars. Sandrine bosse effectivement dans le social. Notre amitié enfantine s’est effacée, comme ont disparu les hannetons autrefois si nombreux. En chemin, je repense à ces moments d’insouciance alors que je longe les quais plutôt bien éclairés. La voiture immatriculée en Allemagne qui me précède s’arrête. Deux filles font le tapin. Une blonde un peu trop maquillée – c’est le métier qui veut ça – et une brune magnifique dans une belle robe rouge ; un beau visage slave, un port de tête altier, elle est superbe, elle ferait une Traviata magnifique si sa bouche s’ouvrait sur des notes au lieu de se fermer sur des bites.
Je l’imagine gamine, courant comme une dératée avec une bande de copains, quelque part au fond de la Pologne, de la République tchèque ou de l’Estonie, à tenter de capturer des insectes merveilleux qui sont comme des trésors. Je l’imagine se rappelant ses souvenirs, alors qu’un de ces insectes fabuleux se dessine dans la lumière d’un phare qui annonce le prochain client, la prochaine passe, un recommencement sans fin, pour un peu de fric, pour un passeport volé par un mac, pour un rêve d’enfant brisé, brièvement ranimé lorsqu’un de ces hannetons trop rares daigne se montrer…
PS : échange mites contre hannetons !
Posté par Juju à mar 27, 2006 dans
Souvenirs
A trop ranger quand on emménage, on finit par tomber sur de vieilles choses, des cartes postales, des souvenirs amassés de ci de là, entassé dans une bric à brac monstrueux. Des photos aussi, beaucoup de photos, souvenirs d’une ère où l’image était matière, palpable, tellement matérielle que les traces de doigts lui donnaient un cachet, une authenticité, de la matière enfermée dans de petits albums qu’on ouvre avec appréhension, parce qu’on ne sait plus trop ce qu’ils contiennent et qu’on a le coeur serré à l’idée de tourner les pages de souvenirs heureux ou douloureux.
Mais on y revient toujours, chaque fois avec un regard différent, le poids de l’expérience en plus, et on retrouve avec émotion les traces d’un passé à la fois si proche et si lointain. Sans nostalgie cette fois-ci, une page est véritablement tournée, j’ai envie de vivre au présent. De jolies photos, de jolis souvenirs… et une belle vie maintenant. Je ne peux pas regarder avec tristesses ces fossiles de mon bonheur passé, au contraire, ils sont les clefs de voute de mon bonheur actuel. Je peux les ranger entre les bouquins déjà lus et les vieux cahiers.
Alors que j’atteinds progressivement le fond du carton de bric à brac, dont les composants vont remplir, à part égale, mes étagères et un sac poubelle, un petit objet cylindrique capte toute mon attention. C’est une pellicule, un film noir et blanc pas développé. Impossible de savoir de quand il date, de 2004, voire d’avant. Une petite zone inexplorée de souvenirs et de moments passés. Que faire ? La développer ? La jeter et l’oublier. Je ne peux pas m’y résoudre. Dès que j’aurai une minute à moi, j’irai chez le photographe. Un peu de matière pour quelques bribes de passé…
Posté par Juju à fév 27, 2006 dans
Humour,
Souvenirs
Puisque ce cher Chondre m’y invite avec tant de gentillesse, je ne peux que me plier à l’exercice ; raconter une histoire qui se termine par « bien fait pour lui/elle ». Au passage, je signale que les prénoms ont été changés pour garder le (relatif) anonymat des personnes concernées.
Tout commence pendant ma première deuxième année de fac. Alice et moi étions inséparables. Nous passions plus de temps entre bars, boites et soirées avec des potes qu’à bosser. Mais bon, ça sert à ça un DEUG de langues étrangères appliquées après tout. Alice était une vraie langue de pute. Nous adorions ça, tailler des costards à tout ce qui bougeait. Bon, à l’époque, on avait des looks de chiottes sapés comme des sacs poubelles, mais bon, on se voyait comme des gros winners de la laïfe, on se refait pas.
Le soir du Nouvel An 1998-1999, Alice emmena un de ses potes, Pedro. Joli garçon, je m’était dit qu’il aurait pu faire un excellent quatre heures. L’alcool aidant, nous nous retrouvâmes, Alice, Pedro et moi à nous faire de gros câlins sur le canapé de maman qui, heureusement, n’en su jamais rien. Nous eumes la merveilleuse idée de prolonger ce petit jeu quelques jours plus tard dans mon appartement strasbourgeois, tous les trois, nus sur mon lit.
La suite…