Encore une année… ces additions commencent à me filer le tournis, moi qui n’ai que 28 ans, c’est quand même la quatrième fois que je les fête ces foutues 28 piges, il serait peut-être temps de bloquer le compteur, histoire de souffler un peu…
Drôle d’année que celle que je viens de vivre, année de changements et de bouleversements au niveau perso, le tout sur fond d’enlisement et de stagnation de consolidation professionnelle. Mouvement dans l’inertie, inertie dans le mouvement… (putain, ça le fait cette phrase, j’comprends même pas moi-même ce que ça veut dire, mais c’est tellement chic, je garde !). A 20 ans, j’observais les problèmes des trentenaires avec un quasi-dédain, à mille lieues de m’imaginer qu’à 30 ans, ben j’allais avoir des problèmes de mec de 30 ans, mâtinés à la sauce pédé, bien évidemment…
L’autre jour, en regardant de veilles photos avec mon papa, je suis tombé sur ce portrait de moi, gamin.

Etrange image que celle de ce soi disparu, absorbé par une masse adulte. Je connais ce regard, mais je n’arrive pas à la percer, à retrouver ce qu’il regardait, au-delà de l’objectif de l’appareil, au delà de papa qui me demandait de le regarder. Trop de claques, trop d’histoires. Je n’arrive pas à contrôler l’émotion qui m’envahit. Je regarde mon père, sans rien dire. L’espace d’un instant, j’ai envie de retrouver ces moments, de repartir un peu plus de 20 ans en arrière, sans impôts à payer, sans crédit à assumer, sans psychiatre à consulter, sans job à assurer, sans cette foule de contingence matérielles à gérer, enclencher ma propre machine à remonter dans le temps, pour revivre, ne serait-ce que quelques heures, ces instants hors du temps.
Et finalement, rien de tout ce qui m’arrive n’est profondément négatif, ma vie est même plutôt chouette, malgré quelques sales gadins qui remettent les idées en place. En plus, le jour J tombe un jour férié, que demander de plus…
Ah tiens, quelques cadeaux, à vot’ bon coeur, héhéhéhé (ouais, si ça en motive encore certain(e)s, je me dépoile pour vous remercier, comme y’a quatre ans…)
Posté par Juju à mai 10, 2010 dans
Elle est pas belle la laïfe?
Retour du centre ville. Il est 19h45, je roule le long des quais. 12°C, ni plus ni moins, air frais d’un printemps à la con dans la grisaille dépressive de Strasbourg, la belle endormie de l’Est. J’arrive vers les quais. J’aperçois trois putes qui squattent un arrêt de bus. Elles commencent tôt ces temps-ci ! L’une d’entre elle, aux cheveux longs, blonds et bouclés, short ras de la boite à cadeaux, un faux air de Shakira, pas trop maquillée et tout sourire harangue un client. Elle mime quelques allers-retours par ses mouvements du bassin. La voiture fait demi-tour et elle traverse juste derrière moi pour aller, hilare, rejoindre son client, sous l’œil amusé de sa « collègue » qui fume sa clope tandis que l’autre fouille dans son Lancel (un faux ?) d’un air distrait. On est bien loin des clichés sur les putes malheureuses, qui vont au tapin comme d’autres à l’usine… mais siiii, l’usine, ce truc qu’on ferme un peu partout en foutant des gens en masse à la rue, rue où diverses carrières s’offrent à eux, dont la prostitution…
Cette scène me rappelle le bouquin King Kong théorie de la géniale Virginie Despentes, en particulier ce passage :
Echanger un service sexuel contre de l’argent, même dans de bonnes conditions, même de son plein gré, est une atteinte à la dignité de la femme. Preuve en est : si elles avaient le choix, les prostituées ne le feraient pas. Tu parles d’une rhétorique… comme si l’épileuse de chez Yves Rocher étalait de la cire ou perçait des points noirs par pure vocation esthétique. La plupart des gens qui travaillent s’en passeraient s’ils le pouvaient, quelle blague ! N’empêche que dans certains milieux, on répète à l’envi que le problème n’est pas de sortir la prostitution de la périphérie des villes où les prostituées sont exposées à toutes les agressions (conditions dans lesquelles même vendre du pain relèverait du sport extrême), ni d’obtenir des cadres légaux tels qu’il sont réclamés par les travailleuses sexuelles, mais d’interdire la prostitution. Difficile de ne pas penser que ce que les femmes respectables ne disent pas, quand elles se préoccupent du sort des putes, c’est qu’au fond, elles en craignent la concurrence. Déloyale, car trop adéquate et directe.
Tellement vrai…
Joie de l’hiver dépressif, j’ai pu renouer avec nombre de mes passions livresques que j’avais quelque peu délaissées pendant les dernières années. L’une d’elle -qui surprendra peut-être certain(e)s d’entre vous- est la paléontologie. Mon rêve de gamin, c’était de devenir paléontologue. Je me souviens encore comme si c’était hier de mon coup de foudre. Mon père avait une grande encyclopédie en plusieurs tomes (comme on n’en fait plus me direz-vous) sur le monde animal et son évolution. Une partie du tome dédié à l’évolution était illustré par certaines planches d’un des plus grands paléographistes de tous les temps, Zdenek Burian.


Les brachiosaures et le tarbosaurus m’ont bouleversé. Sous mes yeux, ces dessins devenaient vivants. J’imaginais ces créatures énormes et ça me fascinait. Rapidement, mes parents ont détecté cette passion qu’ils ont encouragé en m’offrant un premier livre sur le sujet, puis un autre, et ainsi de suite. Les années 80 avaient ceci d’ingrat que, sans web ni même ordinateur, ma seule source de connaissance était les livres sur le sujet que je dévorais avec l’avidité d’une déchiquetteuse. Mon rêve de gosse, c’était d’aller découvrir des fossiles de ces mondes merveilleux, endormis sous des tonnes et des tonnes de roches et ne demandant qu’à raconter leur histoire, celle de notre passé.
(Notons au passage que les représentations de Burian reflétaient la connaissance scientifique de l’époque et sont -pour certaines- inexactes. On sait depuis que les brachiosaures vivaient sur terre et non dans l’eau et que le tarbosaure ne se tenait pas debout à la verticale, mais utilisait sa queue comme balancier. Si vous voulez admirer du magnifique boulot de paléographiste, je vous recommande Paleospot le site du meilleur paléographiste français actuel, Alain Bénéteau.)
« Quand je serai grand, je veux être paléontologue ! »
J’étais probablement le seul môme de l’école à caresser ce rêve. Etrangement, alors que mes parents avaient toujours encouragé ma découverte du monde par les livres, cette ambition effrayait ma mère, qui me voyait volontiers ingénieur ou prof. « Il n’y a aucun débouchés dans ce métier, il n’y a que 4 ou 5 paléontologues en France, et encore…« . Combien de fois m’a-t-elle répété cette phrase… elle n’avait bien évidemment pas anticipé l’impact énorme que Jurassic Parc allait avoir dans les foyers, donnant au passage un énorme coup d’accélérateur à la médiatisation du sujet. Dans l’intervalle, programmation parentale inconsciente oblige, j’avais rangé au placard mon rêve de gosse et suicidé mes chances de réussite dans les matières scientifiques, exception faite de la biologie que j’aimais trop pour la négliger. Ma mère a tiré une tronche de dix pieds de long le jour où je lui ai annoncé que je faisais un bac éco (et pas scientifique), sans prendre pour autant conscience que c’était la conséquence directe des messages qu’elle m’avait fait passer quelques années plus tôt.
Au cours de l’hiver dernier, j’ai renoué avec cette passion alors que je me promenais à la Fnac. Je suis tombé sur un bouquin, « Evolution » de Douglas Palmer.
Je le recommande vivement à quiconque souhaite s’initier à la paléontologie et découvrir l’histoire de la vie sur notre planète. Le bouquin comporte une très longue frise, reproduction d’une création incroyable longue de 50 mètres, qui s’étend sur la majeure partie des pages et dépeint des scènes de vie à travers les âges de la terre, le tout completé par des zooms sur certains fossiles. Il se lit presque comme un livre d’images mais apporte une foule de renseignements passionnants et fourmille de détails.
Dans le même ordre d’idées et dans la plus pure ligne du « made in America » qui en fout plein la vue, le paléontologue américain Steve Brusatte a pondu un chouette bouquin, Dinosaures, qui pèse une tonne et ne tient sur aucune étagère, mais peut se prévaloir de jouir de plus belles illustrations 3D de dinos et de très chouettes infos, quoiqu’étant plus de la vulgarisation qu’un bouquin vraiment scientifique.
Les contenus présentent nombre de découvertes récentes, entre les dinosaures à plume (hé oui les amis, les ptit oiseaux ne sont rien d’autres que des dinosaures qui ont échappé à l’extinction de la fin du secondaire il y a 65 millions d’années de cela) ou encore les protéines de moelle osseuse de tyrannosaure retrouvées intactes (et confirmant d’ailleurs le lien étroit entre les dinosaures et les oiseaux). Un super bouquin, autant à lire qu’à regarder.
Plus fort encore, la Terre avant les dinosaures du paléontologue français Jean-Sébastien Steyer (qui a certainement été encouragé par sa maman quand il était petit) et illustré par Alain Bénéteau.
Attention, novices, s’abstenir, ce bouquin s’adresse à des lecteurs ayant de bonnes connaissances ou la patience et la curiosité pour s’intéresser aux évolutions animales qui ont précédé l’arrivée sur notre planète des dinosaures.
Un ouvrage incroyablement riche, technique, pertinent, témoignage d’un boulot de recherche formidable et qui fait la part belle aux mal-aimés de l’évolution, les dinosaures et les mammifères retenant bien souvent l’attention du public et des médias.
Last but not least, la merveille des merveilles. Ce Guide critique de l’évolution, rédigé sous la direction de Guillaume Lecointre et également illustré -entre autres- par Alain Bénéteau, est une bouquin fabuleux et d’une richesse hallucinante.
Rédigé avec un soin incroyable et très pédagogique, il apporte, comme son nom l’indique, une vision critique de l’évolution, réfutant les thèes imbéciles des créationnistes et balayant pas mal d’idées reçues circulant habituellement sur le sujet. Il oeuvre surtout à montrer de façon intelligente que, si les formes de vies étaient différentes, les écosystèmes étaient relativement similaires de par leur structure intrinsèque, fait que l’on oublie souvent en cédant à la tentation du spectaculaire. Un bouquin à lire absolument si le sujet vous intéresse.
Non non, ce n’est pas le dernier titre d’un film d’auteur chiant que j’aurais mollement regardé, englué dans le siège fatigué d’un cinoche de quartier. J’avais rendez-vous ce matin chez mon notaire. Tout juste deux ans après l’avoir rencontré pour signer -à deux- l’achat d’un appartement, je l’ai revu ce jour -seul- pour signer le rachat de mon appartement. Simple formalité pour l’officier public, moment décisif pour moi…
A chacun des rendez-vous, j’avais pris un soin minutieux, presque obsessionnel à observer chaque détail de la salle où il me/nous recevait ; la grande table ovale en marbre blanc, le papier peint seventies, les nombreuses photos et gravures de la Cathédrale de Strasbourg sur les murs. Aujourd’hui rien… mon regard se perd dans les mails professionnels que j’égrène sur mon blackberry tout neuf (matos de la boite, si j’avais dû choisir, j’aurais pris un i-phone).
Le notaire me rejoint, me lit l’acte de licitation. Je paraphe chaque page et signe l’acte apposant pour la dernière fois mes initiales, puis ma signature, à côté des siennes. Après avoir vérifié le bon transfert des fonds, le notaire me remet les clés. Le porte-clé m’est familier. C’est un petit Mario que je lui avais offert pour aller avec la Peach qui ne me quitte jamais. Il ne l’avait jamais mis sur son trousseau lorsque nous étions ensemble, c’est la première fois que je le vois « en service ».
Tout s’enchaine très vite, le notaire me confirme que je suis désormais seul propriétaire de mon appartement et que je me dois désormais de porter seul la charge du crédit. J’acquièsce avant de le remercier et de prendre congé de lui. La porte de l’étude se referme derrière moi. Le dernier lien qui nous unissait est désormais rompu. Une foule de questions ressurgit dans mon crâne. Je n’arrive pas à retenir mes larmes en marchant vers ma voiture. Soulagement, tristesse, culpabilité. Six mois après notre rupture, je reste face à ma propre incompréhension, face à mes incohérences, face à l’absurdité d’un bon paquet de mes choix.
Nouvelle page, nouveau départ. Hardos de trouver une conclu. Il fait pas trop moche dehors, même plutôt beau, m’en voulez pas si je vous laisse sur ces mots et file prendre l’air et quelques rayons de soleil.
Posté par Juju à avr 9, 2010 dans
Actu,
Faut bien s'occuper

J’attendais (naïvement) beaucoup du remake du formidable film éponyme de 1981. Après avoir passé près d’un an de ma vie en Grèce dans ma tendre enfance, bercée par la mythologie qui me fascinait, j’espérais retrouver dans cette nouvelle mouture de l’histoire fantastique de Persée, les émotions que le film de Desmond David m’avait procurées à l’époque, servi par une brochette d’acteurs superbes et des effets spéciaux signés de la main du maître Ray Harryhausen.
Le remake britannico-américain de Louis Leterrier, loin de marcher dans les traces de son illustre ancêtre, brille par la nullité absolue de son scénario. Clairement, l’intégralité du budget est passé dans les effets spéciaux. Résultat, ça castagne sans arrêt, chaque scène est prétexte à un torrent d’action insipide. Alors oui, c’est très beau, mais ça ne sert à rien du tout. Tout le charme du film de 1981 a disparu. Alors que les prouesses technologiques actuelles auraient pu matérialiser le rêve et la magie (palpables) du premier, le réalisateur se fourvoie totalement et pond presque deux heures d’un espèce de jeu vidéo de baston (les scénarios de final fantasy étant d’ailleurs bien plus complexes).
Et pourtant, la brochette de star est bien présente, avec en particulier Liam Neeson et Ralph Fiennes dans les rôles des dieux Zeus et Hadès. Sam Worthington a le corps de Persée, mais son jeu se limite à deux expression ; il alterne entre un air pataud doublé d’un regard vacant ou tente de mimer la colère, sans arriver à être crédible. Bon, il est super bien gaulé et faut bien reconnaitre qu’il n’est pas aidé par le scénar devenu aussi épais que le salaire d’un ouvrier pakistanais.
Le film original tissait des rapports extrêmement subtils entre les dieux, sans jamais montrer de réelle opposition frontale, chacun complotant dans son coin et utilisant les humains ou les créatures mythologiques à diverses fins. Dans cette version moderne, on se retrouve avec la lutte débilitante du bien contre le mal, ce qui a toutefois semblé amuser les neuneus présents dans la salle qui rigolaient sans arrêt. Pour ma part, le seul moment qui m’a fait sourire (jaune d’ailleurs) est celui où Bubo, l’adorable chouette mécanique du film de 1981, fait une brève apparition au milieu d’un tas d’armes et de bibelots, avant d’être aussitôt balancée par un des protagonistes.

Bref, le film a perdu tout ce qui faisait son charme. Certes le Kraken est terrifiant, certes, faire apparaitre Pégase en noir est une idée originale, certes, les diverses créatures sont merveilleusement animées, mais cette histoire n’a plus aucune poésie, ce qui est fort dommage.
Inutile de claquer 9€ pour voir ça, filez plutôt (re)voir l’ancienne version.