Cher Oncle Georg

Dans les années 80, au hasard de recherches généalogiques, Mireille Horsinga-Renno retrouve un grand-oncle allemand, Georg Renno. De correspondances en rencontres, elle s’attache profondément à cet homme brillant et aimant qu’elle s’émerveille de connaitre, jusqu’au jour où, au détour d’une conversation, elle découvre le véritable visage de Renno, médecin du IIIème Reich nommé au Chateau de Hartheim, où est exécuté le programme T4, visant l’élimination massive des personnes handicapées, dont la vie est jugée inutile et improductive. Avec sa chambre à gaz et son four crématoire, le Chateau de Hartheim verra plus de 18.000 personnes mourir entre ses murs. Le Docteur Renno mourra impuni en 1997.

C’est cette troublante histoire de famille, marquée par un des nombreux aspects les plus ignobles et répugnants de l’histoire du nazisme que raconte l’auteur dans ce livre. La narration est très bien construite. Elle part de l’histoire personnelle de Mireille Horsinga-Renno et trace en parallèle le parcours du grand oncle devenu un des bras droits du régime nazi. On découvre d’une part le lien qui se tisse entre la femme et l’ancien criminel et d’autre part l’évolution dans l’horreur entre l’entrée au parti du Docteur et la fin de la guerre.

J’avais entendu parler du programme T4, sans toutefois en connaître les détails. Celui-ci consistait en l’euthanasie massive des handicapés, blessés de guerre ou personnes âgées considérés comme irrécupérables et donc improductifs par le Reich. Le Docteur Renno a été l’un des exécutants de ce programme au Chateau de Hartheim en Autriche, devenu une annexe du camp de Mauthausen. Cet homme que l’auteur décrit comme cultivé et attachant aura froidement conduit à la mort des milliers de personnes et sera passé entre les mailles du filet de la justice allemande jusqu’au milieu des années 70. Ce livre a le mérite de réparer une injustice en dévoilant la part d’ombre d’un des personnages abominables du IIIème Reich, tout en rappelant que cet homme était tout sauf la caricature d’un monstre sanguinaire, ce qui ne peut qu’appeler à la plus grande vigilance dans des temps où le racisme assumé et les idées nauséabondes d’identité nationale ou de tolérance zéro ont le vent en poupe, ce que ne manque pas de rappeler l’auteur de ces pages qu’il faut lire absolument.

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9 commentaires pour “Cher Oncle Georg”

  1. cleve :

    On oublie en effet un peu vite que l’eugénisme était très en vogue jusqu’au dénouement de la deuxième guerre. Y compris au sein des courants progressistes, socialistes et féministes (ça donne le vertige). C’est en effet très important de ne banaliser aucune forme d’intolérance. A ce titre, j’observe avec inquiétude la recrudescence de la violence (pas seulement symbolique) envers les gais !

  2. Juju :

    Et la banalisation du sujet. Cf le cas Vanneste. Si les propos qu’il avait tenus avaient été xénophobes plutôt qu’homophobes, il ne serait pas à l’Assemblée nationale aujourd’hui. Il y a vraiment un système à deux vitesses en ce qui concerne le traitement des discriminations.

  3. Etienne :

    Merci Juju de ce rappel: on peut être extrêmment cultivé, bon compagnon, voire bon vivant tout en exécutant sans l’ombre d’une hésitation des êtres humains. Parfois je me demande si en cas de catastrophe (une guerre mondiale, une foule furieuse etc), échapperai-je à une idéologie mortifère? serais-je différent de la majorité? Je l’ignore. Rien ne me permet d’affirmer que si j’étais un jeune allemand des années 30, je n’aurais pas été séduit par Hitler. Tout ce qu’on peut et doit faire, c’est être vigilant.
    Vanneste n’est pas le plus dangereux. Il lui manque des cases en moins, il est incontrôlable, dit n’importe quoi. Bref, c’est un bouffon. L’homophobe le plus dangereux n’est pas forcément le plus excité.

  4. Juju :

    Etienne > Non, mais j’ai cité le cas Vanneste car il aurait pu faire école s’il avait été traité différemment.
    Je ne sais pas non plus comment j’aurais été/réagi si j’avais été un Allemand des années 30. Tout ce que je vois, à ma petite échelle, c’est que nous sommes dans un pays des soi-disants droits de l’Homme, où une petite camerounaise de 9 ans a été expulsée il y a trois semaines… et elle n’est pas la seule.

  5. Etienne :

    Tiens à ce propos, voici le dernier rapport du Cimade (http://www.cimade.org/downloads/Rapport_Asile_Cimade.pdf). J’ignore si on est dans un pays des droits de l’Homme mais on est sûrement au royaume de l’hypocrisie.

  6. Charlène LOPEZ :

    Je n’y suis pour rien dans tout ça!!!

  7. Didier :

    Le problème avec toutes ces histoires humaines désastreuses, c’est qu’en général, on ne voit rien venir.

    Etienne, nous avons largement dépassé le stade de l’hypocrisie; sans trop savoir ce qui lui emboîtera le pas.

  8. Midralgar :

    Il est bon d’en parler. Confer plus particulièrement Malaparte (”Kaputt”) et la chère et grande Hannah Arendt. Merci, Juju, pour votre ton toujours si juste et si rare en ces matières.

  9. Alan Sousa Vilares :

    Triste pour une personne savoir que un membre de sa famille a participé de forme aussi brutale des crimes causés par les narzistas.

Laisse toi aller...